BKAM mars 2026 : statu quo monétaire, prudence assumée face à l'incertitude mondiale
Politique monétaire | Bank Al-Maghrib
Le Conseil de Bank Al-Maghrib s'est réuni le 17 mars 2026 pour sa première session trimestrielle de l'année. Verdict sans surprise : le taux directeur reste inchangé à 2,25%. Une décision que 100% des opérateurs de marché avaient anticipée — consensus rarissime dans l'histoire de la politique monétaire marocaine — mais dont la portée dépasse largement l'annonce elle-même.
Prudence assumée, pas immobilisme
La Banque centrale appuie sa décision sur un triptyque clair : une activité économique qui tient bien, une inflation contenue, et un environnement international trop incertain pour prendre le moindre risque. Le gouverneur Jouahri a été on ne peut plus explicite : chaque décision future sera guidée par les données, pas par l'émotion. Dans un contexte où les grandes banques centrales mondiales tâtonnent, cette posture data-driven est en réalité une force. BKAM ne cède pas aux pressions de court terme et préserve sa crédibilité.
Une inflation sous contrôle, pour combien de temps ?
L'inflation ressort à des niveaux historiquement bas — moins de 1% en 2026 — portée par le recul des prix alimentaires et des carburants. BKAM projette une légère remontée vers 1,4% en 2027, sans que cela constitue une menace. C'est rassurant, mais cette maîtrise de l'inflation est en partie conjoncturelle. La hausse attendue des cours du pétrole, couplée à un déficit du compte courant qui se creuse — projeté à 3,1% du PIB en 2026 — pourrait rebattre les cartes plus vite que prévu. Un risque à surveiller de près.
La bonne surprise : la croissance révisée à 5,6%
C'est le chiffre qui retient l'attention. BKAM relève sa projection de croissance à 5,6% pour 2026, portée par un rebond agricole exceptionnel — avec une récolte céréalière estimée à 82 millions de quintaux — et des activités non agricoles qui restent solidement ancrées autour de 4,5%. Ce niveau de croissance, s'il se confirme, positionnerait le Maroc parmi les économies les plus dynamiques de la région. Pour la Bourse de Casablanca, c'est un signal fondamental positif : les bénéfices des sociétés cotées ont un terreau macroéconomique favorable pour 2026.
Le Moyen-Orient, l'inconnue qui change tout
Le Conseil ne cache pas sa vigilance vis-à-vis des tensions géopolitiques. La guerre en Iran et les développements au Moyen-Orient constituent la principale variable de risque pour l'économie marocaine, principalement à travers la facture énergétique et les comptes extérieurs. BKAM a d'ailleurs testé des scénarios sur un baril entre 80 et 130 dollars. L'écart entre ces deux hypothèses est colossal pour un pays importateur net d'énergie, et justifie à lui seul le maintien d'une posture de prudence.
Ce que cela signifie pour les investisseurs
Le message de la banque centrale est limpide : pas de baisse de taux à espérer en 2026. 86% des investisseurs institutionnels sondés ne l'anticipent d'ailleurs pas. Dans cet environnement, les stratégies obligataires de portage gardent tout leur attrait, la courbe des taux restera stable, et les valorisations boursières continuent de bénéficier d'un coût du capital maîtrisé. Pour les investisseurs en actions, l'équation reste favorable : taux bas, croissance solide, bénéfices en hausse. Le tout sous réserve que le choc géopolitique reste absorbable.
