Après plusieurs années marquées par des pressions réglementaires lourdes et un effondrement de sa valorisation, Maroc Telecom entre dans une phase de redéploiement stratégique. Le groupe sort d’un cycle difficile amendes successives, contentieux de 6 Mds DH avec Wana, perte de moitié de sa capitalisation entre 2020 et 2023 mais amorce désormais un tournant structurel porté par une clarification de sa gouvernance, la fin des litiges et un repositionnement stratégique ambitieux. L’arrivée de Mohamed Benchaâboun renforce cette dynamique en apportant un signal institutionnel rassurant aux marchés.
Malgré les turbulences réglementaires, les fondamentaux n’ont jamais réellement vacillé. En 2024, Maroc Telecom affiche 36,7 Mds DH de revenus, une marge EBITDA supérieure à 50% et un résultat net récurrent avoisinant 6 Mds DH. Les filiales Moov Africa contribuent fortement, tirées par l’essor de la data mobile et de l’Internet fixe hors Maroc. La croissance internationale, estimée à environ 4% par an, demeure un pilier solide du modèle. À cela s’ajoute un climat social apaisé grâce à une revalorisation salariale de 5%, confirmant une volonté d’adaptation interne avant un nouveau cycle d’investissement.
Le véritable basculement s’opère en 2024–2025. La clôture définitive du dossier Wana libère mécaniquement la valorisation, tandis que le partenariat stratégique avec inwi restructure en profondeur la dynamique concurrentielle : mutualisation d’infrastructures, création d’une FiberCo et d’une TowerCo, investissements conjoints de 4,4 Mds DH. Cette alliance marque une rupture avec la décennie précédente, dominée par une compétition frontale et un cadre réglementaire conflictuel.
L’attribution des licences 5G en juillet 2025 pour un montant de 2,1 Mds DH ouvre un cycle technologique majeur. Maroc Telecom prépare une stratégie de monétisation structurée autour de quatre leviers complémentaires :
1. Offres premium grand public, articulées autour d’une segmentation orientée vers les usages data avancés (gaming, streaming 4K/8K, cloud personnel). La 5G y devient un service haut de gamme valorisé, non un simple substitut.
2. Solutions 5G pour entreprises, incluant réseaux privés, IoT industriel, cybersécurité avancée et connectivité garantissant faible latence. Ce segment représente le potentiel de marge le plus élevé.
3. Développement des services cloud grâce au partenariat stratégique avec Google Cloud. L’objectif est de créer un centre régional de données alimenté par énergies renouvelables, permettant de coupler 5G et cloud souverain ,une combinaison à forte valeur ajoutée.
4. Monétisation des infrastructures via la TowerCo et la FiberCo, offrant à la fois une optimisation capitalistique et une capacité à facturer l’accès réseau dans un modèle B2B et B2B2C.
Ce repositionnement s’accompagne d’un renforcement des investissements technologiques, avec un Capex projeté autour de 22% du chiffre d’affaires. Pour soutenir ce cycle, IAM a émis en 2025 une obligation privée de 3 Mds DH destinée à diversifier son financement. L’entreprise adopte également une identité visuelle modernisée autour du rouge, symbolisant sa volonté de rupture et de relance.
Les défis restent substantiels : la sensibilité du marché marocain aux prix rend la monétisation de la 5G exigeante, le maintien des marges nécessitera une rigueur accrue face au Capex élevé, et la concurrence technologique Starlink notamment en zones rurales impose un repositionnement rapide.
À l’international, la croissance de Moov Africa demeure porteuse mais soumise à un risque réglementaire hétérogène selon les pays.
Pour autant, Maroc Telecom ne ressemble plus au groupe en crise de 2020–2023. Les litiges sont soldés, la gouvernance consolidée, la stratégie clarifiée et les alliances structurantes posées. Le rebond du titre (+37,67% au 15 novembre) illustre un retour de confiance. Avec l’arrivée de la 5G, la montée en puissance du cloud et une trajectoire stratégique lisible, l’opérateur dispose désormais d’atouts réels pour un cycle de création de valeur.


