L’entrée en vigueur de la loi 03-25 marque une étape structurante pour l’industrie marocaine de la gestion d’actifs. Après plus de dix ans d’un cadre relativement stable, le législateur élargit de manière significative l’univers des OPCVM, avec l’introduction de nouveaux véhicules inspirés des standards internationaux : OPCVM indiciels cotés, fonds en devises, OPCVM à compartiments, fonds participatifs ou encore OPCVM à règles de fonctionnement allégées.
Pour autant, cette réforme ne doit pas être analysée comme un basculement immédiat. La loi pose un cadre volontairement large, dont l’effectivité dépendra largement des circulaires de l’AMMC, appelées à préciser les ratios, les seuils de concentration, les règles de liquidité et les modalités opérationnelles. Dans ce contexte, la vraie question pour les sociétés de gestion n’est pas seulement quels produits sont autorisés, mais où se situe le potentiel économique réel et sur quels segments il faut être prêt dès l’ouverture réglementaire.
Une industrie déjà mature, mais en quête de diversification
Le point de départ est clair : le marché marocain des OPCVM a atteint une taille critique, avec plus de 650 milliards de dirhams d’encours, majoritairement concentrés sur les fonds obligataires et monétaires. À l’inverse, les OPCVM actions restent structurellement sous-représentés, alors même que la Bourse de Casablanca a franchi le seuil symbolique des 1 000 milliards de dirhams de capitalisation et que l’intérêt des investisseurs particuliers pour le marché actions s’est renforcé avec le cycle récent d’introductions en bourse.
La loi 03-25 vise précisément à corriger ce déséquilibre, en diversifiant l’offre et en créant des passerelles entre l’épargne financière, le marché des capitaux et les investisseurs non encore captés par les OPCVM traditionnels.
OPCVM indiciels cotés : un produit vitrine pour le marché actions
L’introduction des OPCVM indiciels cotés – assimilables à des ETF locaux – constitue sans doute la nouveauté la plus visible de la réforme. Ces fonds, négociés en continu en bourse et répliquant un indice de référence, répondent à une demande croissante pour des produits simples, transparents et faiblement chargés en frais.
Dans un marché où les encours actions restent limités au regard de la capitalisation boursière, le potentiel est réel. Même une réallocation progressive de 5 à 10% des encours actions existants, combinée à l’arrivée de nouveaux investisseurs particuliers, pourrait représenter plusieurs milliards de dirhams d’encours à moyen terme.
Pour les sociétés de gestion, l’enjeu sera double : être présentes rapidement sur les indices de référence afin de bénéficier d’un effet de standard de marché, tout en maîtrisant les contraintes techniques qui seront précisées par les textes d’application, notamment le rôle du teneur de marché, la diffusion de la valeur liquidative indicative (iNAV) et la gestion de l’écart entre le cours et la VL.
OPCVM en devises : capter l’épargne MRE et les flux internationaux
Autre axe structurant de la loi : la possibilité de créer des OPCVM libellés directement en devises. Ce dispositif répond à plusieurs besoins distincts mais complémentaires. D’une part, offrir aux Marocains résidant à l’étranger et aux détenteurs de comptes en devises des solutions de placement alignées sur leur monnaie de référence. D’autre part, faciliter l’accès des investisseurs étrangers au marché marocain sans exposition au risque de change.
Les ordres de grandeur sont significatifs. Les dépôts des MRE représentent une part importante de l’épargne nationale, tandis que l’amnistie fiscale récente a remis en circuit des montants conséquents, souvent logés en devises. À cela s’ajoutent les besoins de placement des trésoreries d’entreprises exportatrices.
Pour les sociétés de gestion, le potentiel repose moins sur un produit unique que sur la capacité à structurer une offre lisible et crédible en multi-devises, en articulation avec la réglementation des changes et les réseaux bancaires. La différenciation se jouera sur la qualité de l’ingénierie financière, la gestion du change et la clarté du positionnement produit.
OPCVM à compartiments : un levier d’industrialisation plus que de collecte
La création des OPCVM à compartiments s’inscrit dans une logique différente. Il ne s’agit pas tant de capter de nouveaux flux que de rationaliser l’architecture de l’offre existante. En mutualisant la structure juridique, le dépositaire et certaines fonctions réglementaires, ces véhicules permettent de lancer plus facilement des sous-stratégies ciblées, tout en réduisant les coûts fixes.
À l’international, ce format est largement utilisé pour décliner des gammes profilées, sectorielles ou thématiques. Au Maroc, il pourrait faciliter la gestion de gammes complexes ou dédiées, tout en améliorant l’efficacité opérationnelle des sociétés de gestion dans un contexte de pression croissante sur les marges.
OPCVM participatifs : un relais de croissance à moyen terme
La loi 03-25 introduit également les OPCVM participatifs, destinés à s’inscrire dans l’écosystème de la finance islamique. Le marché bancaire participatif marocain connaît une croissance soutenue, mais reste encore faiblement équipé en produits d’épargne collective.
Les OPCVM participatifs ont vocation à devenir le prolongement naturel des banques participatives côté placement, en offrant des solutions conformes aux principes charia, sous le contrôle du Conseil des Oulémas. Si les volumes resteront modestes à court terme, le potentiel à moyen et long terme est réel, à condition de maîtriser la complexité réglementaire et de bâtir des partenariats solides avec les réseaux de distribution concernés.
Une réforme progressive, conditionnée par les textes d’application
Au-delà des nouveaux produits, la loi 03-25 ouvre la voie à une refonte de plusieurs ratios clés : concentration par émetteur, limites de détention de parts d’OPCVM, ratios de liquidité ou encore plafonds d’endettement. Ces éléments, déterminants pour la structuration des fonds, seront précisés par des circulaires et arrêtés de l’AMMC, dont la publication s’inscrira nécessairement dans le temps.
La mise en œuvre opérationnelle sera elle aussi progressive. Le passage à de nouveaux cadres (notamment pour les OPCVM à règles de fonctionnement allégées ou les compartiments) impliquera des ajustements des notices d’information, des règlements de gestion, voire des statuts pour les SICAV.


